Des drogues en santé mentale : retour sur les 25e Rencontres du RESPADD

3 & 4 juin 2021
Affiche rencontres 2021

Les 25e Rencontres du RESPADD, organisées les 3 et 4 juin 2021 à la Commanderie de Dole, ont réuni un large panel de professionnels de la santé mentale, cliniciens, chercheurs, associations d’usagers et acteurs de terrain.
Ces deux journées ont exploré la place des drogues dans les parcours de santé mentale, en abordant les usages psychédéliques, les enjeux de repérage à tous les âges, l’intégration de nouveaux outils thérapeutiques et l’évolution des approches de réduction des risques.

Soutenues par la Direction générale de la santé et réalisées en partenariat avec le Groupement addictions Franche-Comté, la Société psychédélique française et le CHS Saint-Ylie Jura, ces rencontres ont alterné interventions scientifiques, tables rondes et temps d’échange, permettant de clarifier les connaissances, d’explorer les pratiques émergentes et d’ouvrir des perspectives sur l’articulation entre addictions et santé mentale.

Découvrir les actes des Rencontres « Des drogues en santé mentale »

Les présentations diffusées
pendant ces journées

Session organisée par la Société psychédélique française

Cette session a exploré les usages des psychédéliques en santé mentale, avec un focus sur leurs effets, leurs possibles applications thérapeutiques, leurs risques et leurs ancrages historiques. Elle a proposé un panorama allant des premières expérimentations médicales du LSD aux modèles thérapeutiques émergents, en questionnant les limites, les indications et les perspectives cliniques.

Ouverture des 25e Rencontres du RESPADD

L’ouverture a permis de rappeler la nécessité d’intégrer les usages de substances dans une approche globale de santé mentale. Les intervenants ont souligné l’augmentation des consommations psychoactives, leur impact transversal sur les troubles psychiques et l’importance du repérage précoce. Le rôle des associations, l’implication des usagers et la diversification des outils thérapeutiques ont été mis en avant pour améliorer les parcours.

Plénière : Vivre avec les drogues

La plénière a proposé une analyse des usages de drogues en population générale, en s’appuyant sur les évolutions sociétales, les transformations des modes de consommation et les représentations qui y sont associées. Elle a montré comment les pratiques s’inscrivent dans des contextes sociaux, culturels et générationnels variés, influençant les risques, les vulnérabilités et les besoins en prévention. L’intervention a mis en lumière l’importance de politiques de santé publique capables d’intégrer cette diversité pour mieux comprendre, anticiper et accompagner les comportements.

Table ronde : Usages psychédéliques, du poison au remède

Cette table ronde a discuté de la transition historique et contemporaine des psychédéliques : substances perçues comme dangereuses durant des décennies, puis reconsidérées comme outils thérapeutiques potentiels. Les débats ont porté sur la sécurité, les effets subjectifs, les indications cliniques et les enjeux éthiques liés à leur usage médical.

Plénière : Cannabis et santé mentale, une prévention innovante

La plénière a étudié les liens entre usages du cannabis et santé mentale, en mettant l’accent sur les vulnérabilités individuelles, les risques de décompensation chez les sujets sensibles et les stratégies de prévention ciblée. Le propos a également présenté des outils innovants pour intervenir auprès des jeunes et prévenir l’escalade des usages problématiques.

Table ronde : Repérer à tous les âges

Cette session s’est consacrée aux stratégies de repérage des usages de substances tout au long de la vie : enfance, adolescence, âge adulte et vieillesse. Les échanges ont porté sur les spécificités du repérage précoce, la coordination interprofessionnelle et les obstacles rencontrés dans les différents contextes éducatifs et médicaux.

Table ronde : Lieu de santé sans tabac

La table ronde a présenté les démarches pour transformer les établissements psychiatriques en Lieux de santé sans tabac, en s’appuyant sur un référentiel national. Les discussions ont porté sur l’accompagnement des équipes, la réduction des inégalités de santé, la prévention des risques tabagiques et les stratégies organisationnelles.

Plénière : Psychédéliques et traitement des addictions

Cette plénière a exploré les recherches portant sur l’usage des psychédéliques dans le traitement des addictions (alcool, opiacés, tabac). Ont été abordés : mécanismes neuropsychologiques, efficacité potentielle, protocoles expérimentaux, risques associés et perspectives de recherche. Les intervenants ont souligné les limites actuelles et l’importance d’un cadre strict.

Débat : Le 21e siècle sera-t-il psychédélique ?

Le débat a interrogé l’avenir des psychédéliques dans nos sociétés : renaissance scientifique, attractivité médiatique, potentiels thérapeutiques, mais aussi risques de dérives et récupération commerciale. Les échanges ont opposé visions enthousiastes et positions plus prudentes, en soulignant la nécessité d’un encadrement clair.

Clôture

La clôture a porté sur les bénéfices observables lorsqu’on agit rapidement sur les usages de substances : diminution des risques, amélioration de la santé mentale, meilleure stabilité sociale et clinique. Elle a conclu sur l’importance d’intervenir tôt et de manière coordonnée.

Les interviews de nos intervenants

Interview Bertrand Lebeau-Leibovici

Médecin addictologue, militant de la réduction des risques de la première heure, érudit passionné et passionnant, Bertrand Lebeau-Leibovici n’a pas son pareil pour nous conter l’histoire universelle des drogues, les histoires des drogues, et nous transporter au-delà des savoirs. Laissez-vous guider…

Interview Sami Sergent

Médecin psychiatre addictologue, Sami Sergent a réalisé sa thèse sur les usages des drogues sérotoninergiques en thérapeutique. À travers ce travail de recherche, Sami Sergent passe ces drogues au prisme de leurs usages traditionnels pour en révéler des intérêts possibles comme moyen thérapeutique en psychiatrie.

Interview Philippe Batel

Médecin psychiatre, docteur en neurobiologie, spécialiste des addictions, Philippe Batel nous propose de nous interroger sur la place des Drogues en santé mentale. À travers différentes analyses illustrées et une réflexion autour du chemsex il nous permet d’appréhender les pratiques actuelles et leurs retentissements.

Interview Manon Gagliardi

Diplômée en santé publique, Manon Gagliardi coordonne un projet de prévention des risques liés aux usages excessifs de cannabis à destination des étudiants et construit avec les étudiants des universités lyonnaises. Elle nous présente avec enthousiasme son engagement et toute la pertinence de cette belle collaboration.

Interview Amine Benyamina

Professeur de psychiatrie, chef de service en addictologie et vice-président du RESPADD, Amine Benyamina porte haut les couleurs de l’engagement du RESPADD et de la collaboration avec la Société psychédélique française. Il illustre l’évidence de l’importance du soutien de la recherche publique hospitalière pour développer les savoirs et contribuer aux changements des représentations.

Interview Vincent Verroust

Doctorant à l’EHESS, ethnobiologiste, fondateur et président de la Société psychédélique française, Vincent Verroust fait partie des rares spécialistes français des psychédéliques. Au-delà de ses travaux de recherche actuels sur la psilocybine, il a su rapprocher au sein de la SPF des intervenants de tous horizons et donner un éclairage renouvelé sur les psychédéliques et leurs potentiels en thérapeutique.

Interview Charles Kaplan

Docteur en sociologie, Charles Kaplan a consacré sa carrière de chercheur aux modèles de consommation de drogues, aux stratégies de traitements de l’usage de drogues et aux politiques sociales associées. Il nous fait part avec toute sa clairvoyance et sa perspicacité, de son analyse des changements majeurs qui s’opèrent aujourd’hui dans le monde en matière de politique de drogues et plus particulièrement aux Etats-Unis. Interview réalisée par Rodolphe Ingold, médecin psychiatre, anthropologue et psychanalyste, acteur engagé depuis plus de 30 ans dans le domaine des drogues. Rodolphe Ingold et Charles Kaplan, en collaboration avec Christian Sueur, viennent de publier dans les Annales médico-psychologiques “De cannabis bono” sur les usages du cannabis, en médecine et dans les traditions populaires.

Les 25e Rencontres du RESPADD ont montré combien les usages de drogues s’inscrivent désormais au cœur des enjeux de santé mentale. Les interventions ont souligné la nécessité d’approches intégrées, capables de prendre en compte simultanément troubles psychiques, contextes sociaux et parcours de vie. Les échanges ont mis en avant l’importance du repérage précoce à tous les âges, de la réduction des risques dans les lieux de soin, et de la valorisation des expériences des usagers pour co-construire des réponses adaptées. Les perspectives thérapeutiques émergentes – notamment autour des psychédéliques – ont été discutées avec prudence, mais aussi comme une opportunité pour renouveler les pratiques cliniques face à des situations complexes. Enfin, les sessions ont rappelé l’urgence d’un accompagnement fondé sur la science, la collaboration interprofessionnelle et la reconnaissance de la diversité des usages afin d’améliorer durablement les parcours de santé.

Effets indésirables et vulnérabilités psychiques

Les interventions ont rappelé qu’en dehors de cadres cliniques stricts, les psychédéliques exposent à des risques significatifs : exacerbation anxieuse, décompensations psychotiques, comportements dangereux, troubles prolongés de la perception.
Les vulnérabilités psychiatriques, familiales ou biologiques imposent un dépistage préalable rigoureux.

Lisibilité et encadrement des pratiques émergentes

Avec l’intérêt croissant du public pour les psychédéliques, les intervenants ont insisté sur la nécessité :

  • d’un discours clair et nuancé,
  • d’une régulation éthique,
  • de repères fondés sur les preuves,
  • d’une vigilance vis-à-vis des influences commerciales et communautaires.

Questions fréquentes

Les résultats préliminaires sont prometteurs pour certaines indications (dépressions résistantes, détresse existentielle), mais nécessitent un protocole très encadré et ne constituent pas aujourd’hui un traitement validé en pratique courante.

Les principaux risques associés sont : bad trips, réactions anxieuses sévères, épisodes psychotiques, comportements dangereux et potentiels effets prolongés sur la perception. Un dépistage psychiatrique préalable est indispensable.

Elles peuvent être repérées par l’entretien motivationnel, le repérage des usages à visée anxiolytique ou performative, l’évaluation du retentissement scolaire et social, et l’orientation vers des dispositifs spécialisés.

Chez les individus vulnérables, certains usages (produits très dosés en THC, consommation précoce) peuvent déclencher ou aggraver des troubles psychotiques.

Mettre en place des Lieux de santé sans tabac permet d’améliorer le bien-être des patients, réduire les risques somatiques, favoriser l’équité de santé et soutenir les équipes dans la prise en charge du tabagisme.