Usages cliniques des cannabinoïdes : retour sur les 24e Rencontres du RESPADD

20 & 21 juin 2019
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Les 24e Rencontres du RESPADD, organisées les 20 et 21 juin 2019 à Paris en collaboration avec le Groupe de Recherche et d’Etudes Cliniques sur les Cannabinoïdes (GRECC), ont rassemblé cliniciens, chercheurs, institutions sanitaires, associations et acteurs de terrain pour faire le point sur les avancées scientifiques et cliniques autour des usages thérapeutiques des cannabinoïdes. Ces deux journées ont mis en lumière l’évolution rapide des connaissances, l’émergence de nouvelles indications, et les enjeux de régulation, d’accès, de sécurité et de structuration des pratiques. Les échanges ont souligné à la fois l’intérêt croissant du public et des professionnels, et la nécessité d’un discours fondé sur les preuves, d’un accompagnement rigoureux et d’une vigilance constante quant aux usages, aux risques et aux représentations.

Soutenues par la Ville de Paris et la Direction générale de la santé et plusieurs institutions hospitalières, ces Rencontres ont alterné exposés scientifiques, retours d’expérience clinique, analyses sociologiques et débats éthiques. Elles ont permis d’éclairer les réalités de terrain, les résultats d’essais cliniques et les perspectives ouvertes par l’évolution du cadre réglementaire.

Découvrir les actes des Rencontres « Usages cliniques des cannabinoïdes »

Les présentations diffusées
pendant ces journées

Session organisée par le Groupe de recherche et d’études cliniques sur les cannabinoïdes

Cette session a dressé un état des lieux complet de l’usage thérapeutique des cannabinoïdes, en revenant notamment sur les indications actuelles, la progression des essais cliniques, l’évolution du système endocannabinoïde et les enjeux scientifiques et réglementaires. Les interventions ont mis en évidence la diversité des approches thérapeutiques, le rôle des prescripteurs, ainsi que les limites de la littérature scientifique actuelle.
Elle a également montré l’importante dynamique internationale, contrastée avec la lenteur française du déploiement clinique.

Ouverture des 24e Rencontres du RESPADD

L’ouverture a rappelé l’importance croissante des cannabinoïdes dans les trajectoires de soins, en soulignant l’évolution rapide des connaissances internationales, la mobilisation des associations d’usagers et le rôle des institutions pour structurer l’expérimentation française.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’un cadre clair, d’une information fiable et d’une approche graduée permettant d’accompagner les patients tout en prévenant les risques.

Au cours de la deuxième journée, recherches fondamentales, perspectives thérapeutiques et cadre réglementaire ont été abordés.

Table ronde : Cannabis et cannabinoïdes, d’un usage à l’autre

ette table ronde a permis d’explorer les pratiques émergentes autour du cannabis thérapeutique, du CBD et des extraits phytocannabinoïdes. Les intervenants ont décrit les usages en contexte clinique, les résultats préliminaires des études françaises et internationales, ainsi que les tendances d’automédication observées auprès des patients.
Les discussions ont abordé les spécificités du CBD, son potentiel anti-addictif, ses effets chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques, et les enjeux d’encadrement de ces usages.

Session : Cannabinoïdes et pharmacologie

Cette session a permis d’approfondir la compréhension du cannabis en tant que plante médicinale, en mettant en lumière les enjeux botaniques, chimiques et pharmacologiques associés aux cannabinoïdes naturels. Les intervenants ont présenté les mécanismes d’action, la diversité des composés présents dans le Cannabis sativa et les potentialités thérapeutiques encore sous-explorées.
Les échanges ont souligné la nécessité d’analyses rigoureuses, d’une standardisation des extraits, ainsi que du rôle déterminant des interactions entre molécules (effet d’entourage).

Plénière : Psychotropes émergents et perspectives thérapeutiques

Cette plénière a permis de replacer les cannabinoïdes au sein d’un ensemble plus large de psychotropes thérapeutiques. L’intervention a proposé une réflexion sur les substances actuellement étudiées pour leurs effets psychiques — notamment la psilocybine — et sur les parallèles possibles avec le développement clinique des cannabinoïdes.
Elle a mis en évidence l’émergence de nouveaux modèles thérapeutiques, fondés sur une compréhension fine des systèmes neurobiologiques et sur des protocoles d’accompagnement structurés.

Session réglementaire : Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) et expérimentation française

Cette session a clarifié l’organisation de l’expérimentation française du cannabis à visée thérapeutique. Les intervenants ont détaillé les objectifs, les critères d’inclusion des patients, les mécanismes de suivi et les enjeux de sécurité.
Les discussions ont mis en avant la nécessité d’un cadre sécurisé, d’une formation renforcée des professionnels de santé, ainsi que de retours d’expérience structurés pour orienter une future généralisation éventuelle.

Les 24e Rencontres du RESPADD ont montré que l’utilisation thérapeutique des cannabinoïdes constitue un champ en pleine évolution, porté par une forte demande sociale et par des avancées scientifiques significatives.

Les séances ont mis en évidence :

  • l’accroissement du nombre d’essais cliniques dans divers domaines (douleurs neuropathiques, épilepsies sévères, VIH, autisme, troubles psychiatriques) ;
  • la nécessité d’un encadrement stabilisé pour les prescripteurs ;
  • l’importance d’évaluer les pratiques réelles des patients, notamment l’automédication au CBD ;
  • la richesse du système endocannabinoïde comme cible thérapeutique ;
  • le rôle essentiel des associations et collectifs d’usagers dans la compréhension des usages.

Les perspectives ouvertes incluent l’expérimentation nationale du cannabis thérapeutique, la diversification des formes pharmaceutiques disponibles et le développement d’une clinique structurée reposant sur des données probantes.

Effets indésirables et vulnérabilités médicales

Les intervenants ont rappelé que, malgré leur intérêt, les cannabinoïdes ne sont pas dénués de risques. Leur prescription requiert une évaluation rigoureuse :

  • risques d’interactions médicamenteuses,
  • effets indésirables dose-dépendants,
  • variabilité des concentrations selon les préparations,
  • disparités de réponse entre patients,
  • vigilance particulière pour certaines pathologies psychiatriques ou neurologiques.

Lisibilité, régulation et information du public

Face à l’essor du CBD et des produits dérivés du cannabis, les Rencontres ont insisté sur la nécessité :

  • d’un cadre réglementaire clair,
  • d’informations fiables et accessibles pour les professionnels et les usagers,
  • d’une régulation qui limite les dérives commerciales,
  • d’un discours équilibré, fondé sur les données disponibles et sur un suivi clinique attentif.

Questions fréquentes

Les données sont encourageantes pour certaines indications (douleurs neuropathiques, épilepsies sévères, symptômes associés au VIH…), mais nécessitent encore des essais approfondis et un encadrement strict.

Ils incluent interactions médicamenteuses, effets secondaires dose-dépendants, risques psychiatriques chez les personnes vulnérables et incertitudes liées à l’usage de produits non standardisés.

Le cannabis thérapeutique utilise des extraits standardisés contenant THC et/ou CBD, prescrits dans des indications précises. Les produits de CBD en vente libre ne relèvent pas du même cadre et présentent une composition plus variable dont la teneur maximale en THC est règlementaire.

Les premiers résultats, notamment issus de l’étude CARAMEL, suggèrent un potentiel addictif moindre permettant de diminuer les situations de dépendance, mais ces données doivent être confirmées par des études plus larges.

Elle vise à tester, sur plusieurs milliers de patients, la mise à disposition de médicaments à base de cannabis dans des indications ciblées. Les résultats définitifs orienteront les décisions futures de mise à disposition.