Activité physique, sport et addictions : les 28e Rencontres du RESPADD

27 & 28 mai 2024
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Les 28e Rencontres du RESPADD, organisées les 27 et 28 mai 2024, ont réuni à Paris de nombreux professionnels de santé, chercheurs, intervenants de terrain et associations autour d’un enjeu majeur : les liens complexes entre activité physique, sport et addictions.

Organisées avec le soutien de la Direction générale de la santé, ces deux journées riches en échanges ont permis d’aborder des thématiques aussi variées que les approches thérapeutiques par le sport, les risques de dépendance liés à certaines pratiques ou encore l’influence des industries du tabac, de l’alcool et des jeux d’argent dans l’univers sportif.

Découvrir les actes des Rencontres « Activité physique, sport et addictions »

Les présentations diffusées
pendant ces journées

Table ronde : Activité physique, rétablissement et remédiation cognitive

Plénière : La bigorexie

Cette plénière a permis de présenter l’approche clinique de la dépendance à l’exercice physique, ainsi que la différenciation entre simple pratique intense et vraie pathologie.

Ouverture : Mardi 28 mai 2024

Table ronde : Sport adapté et addictions : intérêt de la transversalité et de la mixité

L'activité physique adaptée en santé mentale

Catherine Bellamy-Fayollet a présenté une approche concrète de l’activité physique adaptée (APA) en santé mentale, en soulignant ses effets positifs sur la qualité de vie, l’estime de soi et le lien social, tout en insistant sur l’importance de l’ancrer dans un projet thérapeutique individualisé et progressif.

Table ronde : Le sport face aux lobbys

Se libérer de l'addiction

Patrick Bordeaux a proposé une intervention autour de l’importance d’une approche thérapeutique globale et des liens entre environnement enrichi et traitement.

L’intervention en vidéo

Pourquoi le sport influence-t-il les conduites addictives ?

Le sport active les mêmes circuits dopaminergiques que les substances psychoactives, ce qui peut en faire une alternative saine… ou une nouvelle dépendance. L’adrénaline, la recherche de sensations fortes ou la valorisation sociale peuvent ainsi renforcer certaines vulnérabilités.

Facteurs de protection et de risque liés à l’activité physique

S’il s’inscrit dans une dynamique d’estime de soi, de régularité et d’intégration sociale, le sport joue un véritable rôle protecteur pour la santé des usagers.

À l’inverse, des contextes de compétition, d’hyperperformance ou de blessures mal accompagnées peuvent devenir des facteurs de risque pour la santé.

Effets du sport sur la dépendance à l’alcool et au tabac

La pratique physique régulière est associée à une baisse de consommation de tabac et d’alcool, notamment grâce à l’amélioration de l’humeur, du sommeil, de l’anxiété et du sentiment d’efficacité personnelle.

Les neurosciences appliquées au sevrage par l’activité physique

Les dernières recherches montrent également que l’activité physique améliore la neuroplasticité, rééquilibre les circuits du plaisir et renforce les fonctions exécutives, facilitant ainsi l’abstinence et la gestion des envies.

L’impact de l’environnement enrichi sur la prise en charge des addictions

Des activités dans la nature, une variété de stimulations, des interactions humaines et une liberté d’initiative contribuent à renforcer l’adhésion thérapeutique et la reconstruction identitaire des bénéficiaires de soin.

Bigorexie et dépendance à l’exercice physique

Souvent invisibilisée, la bigorexie est une addiction où le sport devient obsessionnel, envahissant la vie quotidienne au détriment de la santé et des relations sociales des individus.

Dopage et conduites addictives en milieu sportif

Le dopage, en milieu amateur ou professionnel, traduit une pression de performance constante. Cette pratique peut évoluer en polyconsommation ou entraîner des troubles psychologiques.

Influence des lobbys : alcool, paris sportifs et marketing

Publicités pour l’alcool, paris sportifs omniprésents, sponsoring par des marques de tabac ou de boissons énergisantes… Les enjeux commerciaux nuisent aux messages de prévention et exposent les plus jeunes à des modèles à risque.

Initiatives et recherches sur le sport en addictologie

Les initiatives comme le programme PAMS (Prévention des addictions en milieu sportif) témoignent d’un engagement fort pour intégrer le sport dans les démarches de prévention et de soins. Ce programme innovant, déployé en lien avec les CHU de Clermont-Ferrand et de Caen, propose des outils d’évaluation, de formation et d’intervention destinés aux encadrants sportifs, en vue de repérer les conduites à risque et d’orienter les publics vulnérables. Parallèlement, les recherches menées par l’ONAPS (Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité) et d’autres équipes universitaires s’attachent à documenter les effets spécifiques de l’activité physique sur les troubles addictifs. Elles visent à identifier les facteurs de succès des interventions, à évaluer la durabilité des effets thérapeutiques et à proposer des protocoles scientifiquement validés intégrables dans les parcours de soins. Ces travaux renforcent la légitimité de l’activité physique comme outil de santé publique et favorisent une approche fondée sur des données probantes pour accompagner les personnes concernées par des addictions.

Témoignages et retours d’expérience de structures spécialisées

De nombreuses structures engagées dans l’accompagnement des personnes souffrant d’addictions ont partagé, lors de ces 28e Rencontres du RESPADD, des expériences concrètes de terrain illustrant le rôle central que peut jouer l’activité physique dans les parcours de soins. Des équipes comme celles de l’Association Caminante, du CSAPA Broquedis, ou encore de la clinique de jour Tolbiac, ont présenté des dispositifs intégrant le sport de manière progressive, encadrée et adaptée aux besoins spécifiques des usagers. Ces témoignages soulignent l’intérêt de programmes collectifs favorisant la mixité, la création de liens sociaux et la reprise d’autonomie. Qu’il s’agisse de randonnées, d’ateliers de boxe, de yoga ou de surf-thérapie, les activités proposées contribuent à reconstruire la confiance en soi, à redonner du sens à l’effort et à retisser des liens avec son corps et les autres.

Ces retours mettent en évidence l’importance de l’engagement des professionnels, de la co-construction avec les bénéficiaires de soin et de la transversalité des approches (médicales, sociales et éducatives) pour assurer l’efficacité et la pérennité des projets.

Stratégies d’accompagnement et d’intégration du sport dans les parcours de soins

L’intégration du sport dans les parcours de soins repose sur des stratégies structurées, allant au-delà de la simple activité physique ponctuelle. Il s’agit de penser l’activité physique comme un véritable outil thérapeutique, articulé avec les autres dimensions du soin (psychologique, médicale, sociale). Plusieurs structures ont mis en place des protocoles d’activité physique adaptée (APA), souvent encadrés par des enseignants APA, des éducateurs spécialisés ou en partenariat avec des clubs sportifs locaux. Ces démarches favorisent la continuité entre le soin institutionnel et la vie quotidienne, avec un accompagnement individualisé basé sur les capacités et les envies de la personne.

Les stratégies les plus efficaces sont celles qui s’inscrivent dans une logique de parcours, avec des objectifs progressifs, une évaluation régulière et une place laissée à la co-décision avec les usagers. Cela permet une meilleure adhésion, un renforcement de la motivation et une insertion durable dans des pratiques bénéfiques à long terme.

Questions fréquentes

Le sport agit sur les émotions, le stress et l’estime de soi. Il crée des routines positives et renforce l’appartenance sociale, autant de facteurs protecteurs contre les comportements addictifs.

L’activité physique remplace la recherche de plaisir immédiat par une satisfaction plus durable. Elle aide aussi à mieux gérer les envies et les symptômes de manque.

La bigorexie est une addiction où l’exercice physique devient central, voire exclusif, dans la vie de l’individu. Elle s’accompagne souvent d’anxiété, de culpabilité en cas d’arrêt et de dénégation.

Les paris sportifs dans le milieu du sport banalisent des comportements de jeu excessif et encouragent la prise de risque, en particulier chez les jeunes, souvent exposés sans filtres aux messages publicitaires qui en font la promotion.

Des dispositifs comme PAMS, ou les parcours en CSAPA et hôpitaux de jour, proposent des activités physiques encadrées, intégrées au suivi thérapeutique et adaptées aux capacités des bénéficiaires de soin.