Troubles cognitifs liés à la consommation d'alcool et autres drogues : retour sur les 22es Rencontres du RESPADD

15 & 16 juin 2017

Le RESPADD, en collaboration avec l’association RESALCOG, organisait les 15 & 16 juin 2017 ses Rencontres annuelles sur le thème des troubles cognitifs liés à la consommation d’alcool et autres drogues : deux journées remarquables et une mobilisation sans précédent, avec plus de 550 participants rassemblés à l’Espace du Centenaire, à Paris.

12 heures de conférences de haut niveau, sur une thématique particulièrement actuelle et sensible pour la communauté médicale qui a pu faire part d’un besoin grandissant d’information et de formation sur les troubles cognitifs liés à la consommation de drogues.

Découvrir les actes des Rencontres « Troubles cognitifs liés à la consommation d’alcool et autres drogues »

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Les présentations diffusées
pendant ces journées

Session RESALCOG

La session d’ouverture a permis de poser les bases des enjeux liés aux troubles cognitifs sévères associés à l’alcool. Bernard Jomier (Ville de Paris), Sylvia Nguyen-Dang (pôle médico-social, délégation départementale de Paris) et Delphine Vilain (ARS Ile-de-France) ont introduit les problématiques de santé publique, notamment la prévention, les politiques urbaines et les conduites à risque chez les jeunes, dont le binge drinking.

Cette session a souligné l’importance d’approches de réduction des risques et d’une meilleure coordination des acteurs de terrain.

Prise en charge des troubles cognitifs sévères liés à l'alcool en Ile-de-France : le réseau RESALCOG

Frank Questel (Hôpital Fernand-Widal, AP-HP, Paris) a présenté le réseau RESALCOG, qu’il préside et qui propose une véritable filière de soins structurée, allant du repérage en première ligne (urgences, structures ambulatoires), à l’évaluation spécialisée, jusqu’à la réhabilitation et aux structures de long séjour.

Les interventions ont mis en avant :

  • l’importance du diagnostic précoce,
  • le rôle central de la remédiation cognitive,
  • l’usage d’aides-mémoire externes,
  • et la nécessité d’un arrêt de la consommation d’alcool comme prérequis.

Les retours d’expérience, notamment autour des unités de type Korsakoff, montrent l’importance d’un accompagnement global, incluant les proches.

Ouverture des 22es Rencontres du RESPADD

L’ouverture officielle des 22es Rencontres professionnelles du RESPADD a été assurée par :

  • Anne Borgne, Présidente du RESPADD, qui a remercié l’équipe salariée du RESPADD pour son investissement et s’est félicitée de l’engouement exceptionnel suscité par ces journées, tout en regrettant que le nombre de places limité n’ait pas permis d’accueillir l’ensemble des personnes intéressées.
  • Frank Questel (Hôpital Fernand-Widal, AP-HP, Paris), Président de RESALCOG, qui a remercié les organisateurs du RESPADD pour avoir associé RESALCOG à ces deux journées et a souligné l’importance des échanges informels ayant eu lieu durant la pause, portant notamment sur la famille, l’entourage et les carences nutritionnelles.
  • Dorothée Lecallier (Clinique des Epinettes, Paris), qui a présenté le programme détaillé des deux journées.

Anne Borgne, Présidente du RESPADD, Frank Questel, Président de RESALCOG et Dorothée Lecallier (Clinique des Epinettes, Paris) ont officiellement ouvert ces journées.

Ils ont insisté sur l’ampleur croissante des troubles cognitifs liés aux addictions, le besoin de formation des professionnels, et l’importance d’une approche pluridisciplinaire intégrant le médical, le psychologique et le social.

L'ivresse du soldat

Cette conférence historique et originale, menée par Charles Ridel (Université de Picardie, Amiens) a exploré les usages de l’alcool en contexte militaire, notamment durant la Première Guerre mondiale.
L’alcool y est présenté comme :

  • un outil d’adaptation psychologique,
  • un moyen d’évasion,
  • voire une stratégie d’oubli face aux traumatismes.

Les parallèles avec certaines consommations contemporaines, notamment chez les populations précaires, ont été soulignés.

Psycho-traumas, troubles cognitifs et usages de drogues : quelles séquences ?

Cette session a mis en lumière les liens étroits entre traumatisme psychique et consommation de substances. Les intervenants ont expliqué les mécanismes neurobiologiques impliqués :

  • rôle de l’amygdale et de l’hippocampe,
  • encodage émotionnel des souvenirs traumatiques,
  • phénomènes de reviviscence.

Un cas clinique détaillé a illustré comment le travail thérapeutique (exposition progressive, restructuration cognitive) permet de réduire le craving et d’améliorer les trajectoires de soins.

État des lieux de la compréhension des troubles cognitifs liés à l'alcool

L’intervention de François Vabret (Centre hospitalier universitaire de Caen) a permis de dresser un panorama des connaissances actuelles :

  • forte prévalence des troubles cognitifs chez les personnes alcoolo-dépendantes (jusqu’à deux tiers),
  • impact majeur sur la rechute,
  • possibilité de réversibilité partielle en cas d’abstinence.

Elle a également souligné le manque de recherches en France sur ces troubles malgré leur coût social élevé.

Corps, psychisme et troubles cognitifs

Les présentations de Marilyn Cotte et Marion Neyraud (Clinique des Epinettes, Paris), ainsi que d’Hélène Mulhauser (Hôpital Fernand-Widal, AP-HP, Paris) ont mis en avant les limites de la psychothérapie classique chez les patients présentant des troubles mnésiques sévères, l’intérêt d’approches adaptées (répétition, supports externes, implication des proches), et l’importance du travail psychocorporel.

Des troubles moteurs, de l’équilibre et de la perception spatio-temporelle ont été décrits, avec un impact direct sur l’autonomie et l’estime de soi.

Troubles cognitifs et usage de drogues illicites

Les interventions de Laurent Karila (Hôpital Paul-Brousse, AP-HP, Villejuif), Philippe Batel (Clinique Montevideo, Boulogne-Billancourt) et Wajdi Mehtelli (Hôpital Fernand-Widal, AP-HP, Paris) ont mis en évidence que les drogues illicites peuvent entraîner des troubles cognitifs variés, souvent sous-estimés. Le cannabis, malgré une image banalisée, altère les fonctions attentionnelles et psychomotrices, avec des effets renforcés par l’augmentation du taux de THC. Les nouvelles substances psychoactives, comme certaines cathinones de synthèse, exposent quant à elles à des troubles sévères, associant désorganisation cognitive et épisodes psychiatriques aigus. Le GHB présente également des effets cognitifs marqués, liés à son action dose-dépendante sur le système nerveux central.

Débat : qui pour accueillir les troubles cognitifs sévères ?

Le débat, réunissant notamment François Paille (COPAAH), Anne Borgne (RESPADD) et Frank Questel (RESALCOG, Hôpital Fernand-Widal, AP-HP, Paris), a souligné le manque de structures adaptées pour les patients présentant des troubles cognitifs sévères liés aux addictions. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les filières de soins et la coordination entre acteurs sanitaires et médico-sociaux, en particulier pour les publics précaires. Malgré ces limites, certaines initiatives montrent qu’un accompagnement adapté peut permettre une amélioration de l’autonomie et du parcours de vie des patients.

Ces 22es Rencontres ont permis de dégager plusieurs enseignements clés :

  • Les troubles cognitifs sont fréquents et souvent sous-diagnostiqués chez les personnes dépendantes,
  • L’alcool reste la substance la plus impliquée dans les atteintes sévères (type Korsakoff),
  • L’abstinence est une condition essentielle à la récupération cognitive,
  • Les approches doivent être multidisciplinaires (médicales, psychologiques, sociales),
  • Les outils de remédiation cognitive et les aides externes sont indispensables,
  • Les traumatismes psychiques jouent un rôle majeur dans les conduites addictives,
  • Les nouvelles drogues présentent des risques cognitifs parfois sévères et mal connus.

La prise en charge des troubles cognitifs liés à la consommation d’alcool et de drogues se heurte encore à plusieurs limites importantes. Le repérage précoce reste difficile, en particulier pour les formes légères ou modérées, souvent peu visibles mais pourtant déjà impactantes sur le fonctionnement quotidien. Cette difficulté diagnostique retarde l’orientation vers des soins adaptés.

Par ailleurs, le manque de structures spécialisées constitue un frein majeur, notamment pour les patients présentant des troubles sévères et des situations de grande précarité. Ces publics cumulent des vulnérabilités sociales et médicales qui compliquent leur accompagnement et augmentent le risque de rupture de parcours de soins.

Les troubles cognitifs eux-mêmes représentent un obstacle supplémentaire, car ils altèrent la compréhension, la mémoire et l’adhésion aux prises en charge, favorisant ainsi les rechutes ou le maintien des consommations. À cela s’ajoute une tendance à minimiser les effets cognitifs de certaines substances, comme le cannabis, dont les impacts sont pourtant bien réels.

Enfin, les intervenants ont souligné le manque de données scientifiques récentes en France, ce qui limite encore aujourd’hui la compréhension globale de ces troubles et le développement de réponses adaptées.

Questions fréquentes

RESALCOG est un réseau de soin francilien dédié aux patients présentant des troubles cognitifs sévères liés à l’alcool (TCSLA). Organisé sous forme associative, il structure une filière complète allant du repérage en urgence jusqu’à la prise en charge à long terme, en fédérant urgentistes, équipes de liaison, structures ambulatoires et services spécialisés.

Plusieurs substances sont associées à des troubles cognitifs documentés : le cannabis (dont la concentration en THC a significativement augmenté ces dernières années), la cocaïne, le GHB et les cathinones de synthèse comme le MDPV. Dans tous les cas, les usagers ont tendance à sous-estimer leur propre niveau d’altération cognitive.

Oui, à condition que le patient ait arrêté sa consommation d’alcool, prérequis indispensable à toute remédiation. Les résultats obtenus, notamment à la MAS Korsakoff, montrent qu’il est possible de faire régresser les troubles cognitifs et d’aider les patients à retrouver une forme d’autonomie, que ce soit dans un domicile personnel ou dans une structure adaptée.

Lors d’un événement traumatique, l’hyperactivité de l’amygdale génère des souvenirs non contextualisés et émotionnellement très chargés, susceptibles de ressurgir sous forme de reviviscences et de déclencher un craving pour des substances psychoactives. La prise en charge de ces patients nécessite donc une approche intégrée, traitant simultanément l’addiction et le traumatisme.