Livret Chemsex

Ce livret d’information à destination des professionnels de santé et des intervenants en prévention a été conçu par le RESPADD. Il propose des repères clairs pour comprendre les pratiques de chemsex, identifier les risques liés à l’usage de substances psychoactives en contexte sexuel et accompagner les usagers dans une démarche de réduction des risques et de promotion de la santé sexuelle.

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Chemsex, c’est quoi ?

Le terme « chemsex », contraction de « chemical sex », désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel, le plus souvent au cours de sessions planifiées entre hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Ces moments, parfois appelés « plans chems » ou « plans slam », peuvent durer plusieurs heures, voire plusieurs jours, et associer différents produits : cathinones de synthèse, GHB/GBL, méthamphétamine, kétamine, cocaïne, ou encore MDMA.

Ces substances sont recherchées pour leurs effets désinhibants, empathogènes ou stimulants, censés intensifier les sensations et prolonger les rapports. L’usage de ces produits s’inscrit dans une culture sexuelle spécifique, marquée par la recherche de performance, la multiplicité des partenaires et un usage facilité par les applications de rencontre.
Si ces pratiques concernent avant tout la communauté gaie, elles tendent à se diffuser plus largement, notamment parmi des jeunes usagers qui découvrent le chemsex via les réseaux sociaux ou des espaces de sociabilité numériques. Derrière ce terme, il ne s’agit pas d’un phénomène uniforme : les expériences, les motivations et les niveaux de risque varient fortement d’une personne à l’autre.

Les enjeux de santé publique

Le chemsex soulève aujourd’hui des questions majeures de santé sexuelle et de santé publique. L’association entre usage de produits psychoactifs et sexualité entraîne une augmentation du risque de transmission du VIH et des hépatites virales (VHC, VHB), ainsi qu’une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST).

Les pratiques d’injection, appelées slam, constituent un facteur de risque particulier : le partage de matériel, les injections répétées et les manipulations non aseptisées peuvent provoquer des infections veineuses, bactériennes ou virales. Les modes de consommation tels que le sniff ou le plug peuvent également exposer à des risques infectieux.

Au-delà des infections, les effets psychiques et sociaux peuvent être importants : troubles anxieux ou dépressifs, addictions, désocialisation, isolement et épuisement physique. La combinaison de plusieurs produits, parfois achetés sur internet et de composition incertaine, accentue le risque de surdosage, de malaise grave ou de trouble du comportement. Ces constats soulignent l’importance d’une approche préventive, bienveillante et non stigmatisante, centrée sur la réduction des risques et la promotion de la santé sexuelle.

Produits et modes de consommation

Les substances psychoactives utilisées dans le cadre du chemsex sont variées, souvent associées, et consommées selon des modalités différentes.

Les cathinones de synthèse et la méthamphétamine sont des stimulants puissants, provoquant une forte excitation, un sentiment d’euphorie et parfois un craving intense (envie irrépressible de reprendre le produit). Le GHB/GBL, surnommé « G », est pris pour ses effets relaxants et désinhibants, mais présente un risque élevé de surdosage, pouvant entraîner une perte de connaissance brutale, le « G-hole ». La kétamine et la cocaïne sont également consommées, notamment pour leurs effets hallucinogènes ou stimulants. Certaines personnes associent ces produits à des médicaments favorisant l’érection, augmentant ainsi le risque cardiovasculaire.

Les modes de consommation sont multiples :

  • le slam, ou injection, amplifie les effets des produits mais expose à des risques infectieux et veineux importants ;
  • le sniff, par inhalation nasale, peut provoquer des saignements et faciliter la transmission du VHC ;
  • le plug, ou injection rectale, fragilise la muqueuse et favorise les micro-lésions.

Comprendre ces pratiques et leurs effets permet aux professionnels d’adopter une posture adaptée : écouter sans juger, informer sans alarmer, et soutenir des démarches de consommation plus sûres. Le livret du RESPADD aide à repérer ces situations et à renforcer les compétences des équipes dans les Lieux de santé, en lien avec les réseaux de prévention et de soins addictologiques.

Accueillir et écouter sans jugement

Aborder le chemsex suppose avant tout d’instaurer un cadre de confiance avec l’usager. Dans les Lieux de santé, de nombreux professionnels hésitent encore à parler de sexualité ou de consommation de substances psychoactives, craignant d’être intrusifs. Or, ces sujets peuvent être abordés avec bienveillance, à partir d’un questionnement ouvert et respectueux.

Les usagers concernés expriment souvent une crainte du jugement, renforcée par des expériences d’homophobie ou de méconnaissance du chemsex dans le parcours de soins. Une attitude d’écoute inconditionnelle, sans a priori ni moralisation, est essentielle pour favoriser la parole et déclencher la demande d’aide.

L’environnement joue aussi un rôle : la présence de brochures ou d’affiches sur la santé sexuelle, la réduction des risques et les addictions dans une salle d’attente peut déjà signifier à l’usager qu’il se trouve dans un espace d’accueil ouvert et bienveillant.

Repérer les situations à risque

Le repérage précoce est un levier essentiel pour prévenir les complications liées au chemsex. Il repose sur une observation attentive et sur quelques questions simples, intégrées naturellement à l’entretien. L’objectif n’est pas de catégoriser l’usager, mais de comprendre le sens de sa pratique et les éventuelles difficultés rencontrées.

Le professionnel peut par exemple demander : « Comment se passent vos relations sexuelles lorsque vous consommez ? » ou « Quels sont les effets indésirables que vous avez constatés après vos consommations ? ». Ces échanges permettent d’évaluer la fréquence des plans, les produits utilisés, le mode d’administration, le contexte social ou émotionnel de la consommation.

Certains signes peuvent alerter : fatigue chronique, lésions veineuses, troubles du sommeil, anxiété ou dépression, isolement social, difficultés à maintenir un traitement ou une activité professionnelle. Le repérage est une première étape vers un accompagnement adapté, qu’il s’agisse d’une orientation ou d’un simple rappel des principes de réduction des risques.

Promouvoir la réduction des risques

Qu’il s’agisse d’un usage ponctuel ou problématique, l’accompagnement des pratiques de chemsex s’appuie sur la réduction des risques. L’objectif est d’aider la personne à préserver sa santé, à mieux comprendre ses consommations et à réduire les dommages associés, sans jugement ni injonction d’arrêt.

Les messages essentiels portent sur :

  • la gestion des mélanges de produits et la prévention du surdosage (particulièrement avec le GHB/GBL et l’alcool) ;
  • l’importance de l’hydratation régulière et du repos ;
  • le non-partage du matériel d’injection et l’accès à du matériel stérile via les programmes d’échange de seringues, disponibles gratuitement dans les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD), les pharmacies ou les dispositifs de réduction des risques à distance ;
  • la prévention des infections par le VIH, le VHC et les IST grâce à l’usage de préservatifs, de gants, de lubrifiants à base d’eau et à la prophylaxie préexposition (PrEP).

Ces échanges permettent de renforcer la connaissance des dispositifs existants, tout en responsabilisant l’usager dans ses choix de consommation.

S’appuyer sur les dispositifs existants

Le RESPADD encourage une approche coordonnée, mobilisant les ressources locales et les réseaux spécialisés. Lorsqu’un accompagnement plus spécifique est nécessaire, le professionnel peut orienter vers :

  • un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ;
  • un CAARUD pour un suivi en réduction des risques ;
  • un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) ou un Centre de santé sexuelle) pour la prévention et le suivi VIH/VHC ;
  • une association communautaire proposant écoute, conseils et accompagnement psychosexuel.

En l’absence d’offre spécifique sur le territoire, il est possible de construire un réseau d’appui local entre les acteurs du soin, de la prévention et du milieu associatif. Le livret « Chemsex » du RESPADD fournit aux équipes des repères concrets pour dialoguer, orienter et coordonner les interventions.

Associer santé sexuelle et santé mentale

L’accompagnement des personnes concernées par le chemsex repose sur une approche globale de la santé, qui intègre à la fois les dimensions sexuelle, somatique et psychique. Les pratiques de chemsex peuvent en effet s’inscrire dans des trajectoires complexes, mêlant plaisir, recherche de lien, performance et vulnérabilité.

Certaines personnes parviennent à maintenir un usage maîtrisé, tandis que d’autres rencontrent des difficultés : fatigue, perte de contrôle, épisodes dépressifs, troubles du sommeil, isolement ou perte d’estime de soi.

Dans les Lieux de santé, il est donc essentiel de reconnaître la singularité de chaque parcours et de proposer un suivi ajusté : entretiens réguliers, orientation vers un psychologue ou un psychiatre si nécessaire, et accompagnement addictologique lorsque la consommation devient problématique.
Valoriser la parole de l’usager, renforcer ses capacités d’autonomie et favoriser un lien de confiance permettent de prévenir les rechutes et de maintenir la continuité des soins.

Intégrer la prévention médicale

La prévention du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles demeure un axe central de la prise en charge. Les professionnels peuvent promouvoir une prévention combinée, associant plusieurs outils complémentaires :

  • la prophylaxie préexposition (PrEP) pour les personnes séronégatives ;
  • le traitement post-exposition (TPE) en cas de prise de risque récente (moins de 48 heures) ;
  • le traitement comme prévention (TasP) pour les personnes vivant avec le VIH, dont la charge virale indétectable empêche toute transmission ;
  • le préservatif et le gel lubrifiant à base d’eau, essentiels pour limiter les risques lors des rapports anaux ;
  • la vaccination contre l’hépatite A, l’hépatite B et le méningocoque C.

Les dépistages réguliers du VIH, du VHC et des IST constituent également un repère important : ils sont recommandés au minimum tous les trois mois pour les personnes pratiquant le chemsex. Ces actions de prévention médicale renforcent la sécurité des pratiques et favorisent un accès facilité aux soins.

Favoriser le changement progressif

L’accompagnement ne vise pas toujours l’arrêt de la consommation. L’enjeu pour le professionnel est d’aider à retrouver une liberté de choix, en travaillant sur les leviers du changement à un rythme réaliste et respectueux.

L’entretien motivationnel constitue une approche particulièrement adaptée. Il permet d’explorer les ambivalences, de renforcer la motivation et de soutenir des objectifs concrets : espacer les plans, réduire les doses, éviter certains mélanges, retrouver des rapports sexuels sans produits.

Ce travail progressif peut s’accompagner de soutiens psychologiques et d’une orientation vers les dispositifs spécialisés (CSAPA, CAARUD, CeGIDD, associations communautaires).

L’objectif est de construire avec la personne une stratégie de réduction des risques durable, en valorisant chaque progrès, même modeste. Dans cette démarche, le professionnel de santé / de la relation d’aide agit comme un partenaire : il soutient la réflexion, renforce les compétences et accompagne la personne vers une meilleure maîtrise de ses pratiques et de sa santé.

Questions fréquentes

Le chemsex désigne la consommation de substances psychoactives lors de rapports sexuels, principalement entre hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Ces pratiques visent à intensifier les sensations, mais peuvent entraîner des risques physiques, psychiques et infectieux.

Les risques concernent les infections (VIH, VHC, IST), les surdosages, les troubles psychiques et la dépendance. L’injection (slam), les mélanges de produits ou l’absence de repos augmentent ces dangers. Une approche de réduction des risques permet de limiter les dommages.

L’écoute bienveillante et la neutralité sont essentielles. Poser des questions ouvertes, valoriser la parole de l’usager et éviter toute moralisation facilitent le dialogue. L’objectif est de comprendre la pratique pour adapter la prévention et le suivi.

Selon la situation, l’accompagnement peut être assuré par un CSAPA, un CAARUD, un CeGIDD, un Centre de santé sexuelle ou une association communautaire. Ces structures proposent dépistage, soutien, réduction des risques et orientation.

La prévention repose sur une approche combinée : PrEP, TPE, TasP, préservatif et dépistage régulier. Une charge virale indétectable empêche la transmission. Ces outils renforcent l’autonomie et la sécurité des usagers.