Jeunes et conduites à risque. Les défis de la prévention : retour sur la Journée thématique du 13 novembre 2015

13 novembre 2015
colloque jeunes et conduites a risque

Organisée le 13 novembre 2015 à Lyon, cette Journée thématique a rassemblé de nombreux professionnels autour d’un enjeu majeur : renforcer les compétences en matière d’intervention précoce et d’entretien motivationnel auprès des jeunes confrontés à des conduites à risque. Pilotée par le RESPADD, en partenariat avec l’IPPSA, la Fédération Addiction, l’ARS Rhône-Alpes et le rectorat de Lyon, cette rencontre est venue valoriser plusieurs années de recherche-action, de formation et de coopération interinstitutionnelle.

Découvrir les actes de la Journée thématique « Jeunes et conduites à risque. Les défis de la prévention »

Les présentations diffusées
pendant cette journée

L’intervention précoce : un axe stratégique du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives (2013-2017)

Cette présentation a permis de revenir sur la dynamique nationale portée par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) et la Direction générale de la santé (DGS) pour développer une culture de l’intervention précoce au sein des Lieux de santé accueillant des jeunes. Nathalie Latour et Jean-Pierre Couteron (Fédération Addiction) ont rappelé les fondements méthodologiques et les outils disponibles, ainsi que les dispositifs pilotes mis en œuvre à cette période.

Intervention en santé publique : des preuves à l’action

À travers une approche ancrée dans l’évaluation scientifique et l’expérience de terrain, Philippe Michaud (Président de l’IPPSA) a présenté les enjeux d’une action efficace en santé publique. Il a souligné la nécessité de s’appuyer sur des professionnels formés, soutenus et légitimes pour faire vivre une prévention secondaire pertinente auprès des jeunes. Il a également insisté sur la place des approches brèves et validées scientifiquement dans le travail quotidien des équipes, notamment dans les établissements scolaires ou les lieux de première écoute. Une stratégie bien articulée, prenant en compte les facteurs de risque et de vulnérabilité, permet de renforcer la cohérence des actions et d’en améliorer les effets à long terme.

Le programme de formation à l’entretien motivationnel à destination des infirmiers(ères) et des personnels des CJC en région Rhône-Alpes

Anne-Cécile Cornibert (RESPADD) a présenté ce programme pilote qui a permis la formation conjointe d’infirmières scolaires et de professionnels des Consultations jeunes consommateurs (CJC). L’approche expérientielle, la supervision et les mises en pratique ont renforcé les capacités des intervenants à utiliser l’entretien motivationnel dans leurs échanges avec les jeunes. Cette formation s’inscrit dans une stratégie territoriale visant à développer des compétences transférables et à favoriser l’émergence de nouvelles dynamiques interprofessionnelles. Elle contribue également à la mise en place d’un socle commun de pratiques, essentiel pour répondre aux situations de vulnérabilité rencontrées sur le terrain.

Conclusion

La journée s’est conclue sur une volonté partagée de poursuivre le déploiement de ces formations croisées, avec pour ambition de les essaimer sur d’autres territoires. Le lien entre acteurs de terrain, chercheurs et institutions apparaît comme un levier essentiel pour construire une prévention efficace et durable à destination des jeunes. Ces échanges ont également permis de mettre en lumière les conditions de réussite d’une telle stratégie : la mise en place d’une coordination pérenne, le soutien des instances de pilotage et l’ancrage des actions dans les réalités professionnelles du quotidien. En s’appuyant sur les expériences présentées, les participants ont pu identifier des pistes concrètes pour le développement de dispositifs adaptés à chaque contexte local.

Déployer l’entretien motivationnel en milieu scolaire et en CJC

Porté par le RESPADD et ses partenaires, un programme de formation à l’entretien motivationnel a été déployé en Rhône-Alpes entre 2014 et 2015. Il a permis à des infirmières scolaires et à des professionnels des Consultations jeunes consommateurs (CJC) de se former ensemble, de renforcer leur posture d’écoute et de co-construire des outils de repérage et d’orientation. 82 professionnels ont ainsi été formés à l’entretien motivationnel et au repérage précoce. L’évaluation qualitative du programme met en avant une meilleure connaissance mutuelle des acteurs, un engagement fort des participants et une intégration progressive des outils dans les pratiques quotidiennes.

 

Impacts sur les pratiques et pistes d’amélioration

Les témoignages recueillis à l’issue du programme montrent que la formation a renforcé la confiance des professionnels dans leurs interactions avec les jeunes, facilité l’orientation vers les CJC et permis d’ancrer une culture partagée de la prévention secondaire. Plusieurs pistes d’amélioration ont été identifiées : allonger le temps de formation, améliorer la coordination territoriale, renforcer le soutien des directions et maintenir un espace d’échange entre formateurs.

 

Mettre en place des stratégies adaptées aux situations de vulnérabilité

Pour répondre efficacement aux risques d’addiction chez les jeunes, il est essentiel de développer des stratégies d’intervention ancrées dans les réalités du terrain. Le programme mené en Rhône-Alpes a permis d’expérimenter des modalités concrètes de mise en place du repérage précoce dans des contextes variés, en prenant en compte les facteurs de vulnérabilité propres à chaque situation. Ces actions ont concerné aussi bien les enfants scolarisés que les jeunes en rupture, avec une attention particulière portée aux environnements professionnels, sociaux ou familiaux. La consommation d’alcool ou d’autres substances y a été abordée dans une logique d’accompagnement et de développement des ressources individuelles et collectives, en s’appuyant notamment sur des guides pédagogiques partagés entre acteurs locaux.

 

Objectiver les effets : évaluer les résultats et structurer les suites

L’un des objectifs majeurs identifiés par les participants concerne la capacité à mesurer les effets des actions mises en place. Au-delà de la satisfaction immédiate, il est nécessaire de structurer un travail d’évaluation partagé, incluant des indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Cela permet à chaque groupe impliqué (équipes éducatives, structures de soin, partenaires sociaux) d’adapter ses pratiques en continu et de mieux répondre aux besoins spécifiques des personnes accompagnées.

Questions fréquentes

L’intervention précoce en addictologie vise à agir dès les premières vulnérabilités identifiées chez les jeunes, avant l’apparition de dommages, grâce à une approche globale et contextualisée. Elle prend en compte la situation personnelle et sociale du jeune, ainsi que les facteurs de risque environnementaux.

Les infirmières scolaires sont souvent en première ligne dans le repérage et l’écoute des jeunes en difficulté. Cette formation renforce leur posture et facilite l’orientation vers les dispositifs comme les Consultations jeunes consommateurs (CJC). Elle leur donne aussi des outils adaptés pour accompagner les personnes dans leurs choix face à une consommation à risque.

Les formations croisées entre CJC et Éducation nationale permettent de créer une culture commune, d’améliorer les liens partenariaux et de rendre plus efficaces les actions de prévention secondaire. Ce travail en groupe favorise également la cohérence des messages transmis aux jeunes et aux familles.

La Journée thématique a montré qu’une démarche intégrée entre l’Éducation nationale, les collectivités territoriales et les structures de soin permet d’ancrer la prévention dans les projets d’établissement. Cela passe par la formation des professionnels, la participation des familles et l’évaluation continue des actions menées. La mise en œuvre conjointe de dispositifs ciblés permet d’agir sur les comportements de consommation dans une logique de santé publique.

Une transposition de la dynamique est envisagée au sein du rectorat de Grenoble et sur d’autres territoires, en s’appuyant sur les acquis de cette première expérience et sur un comité de suivi associant l’ensemble des partenaires concernés. L’objectif est d’adapter la stratégie aux besoins spécifiques de chaque territoire et groupe de jeunes concerné.