Psychiatrie et addictions

La coexistence d’un trouble psychiatrique avec un trouble addictif n’est pas rare : on estime que près de la moitié des patients admis en service de psychiatrie en Europe présente un trouble mental associé à un abus de substance (principalement l’alcool, le cannabis et les sédatifs, tabac exclus). Et lorsqu’on se place du point de vue addictologique, on sait qu’environ 50% des consommateurs de substances psychoactives souffrent au moins d’un trouble de la personnalité.

Une telle comorbidité est considérable. Elle pose trois types de problématiques.

Tout d’abord des problèmes diagnostiques puisqu’il est démontré depuis longtemps que de nombreux symptômes psychiatriques peuvent être induits par la consommation de substances psychoactives ou par des signes de sevrage.

Ensuite, des problèmes de pronostic, car la coexistence d’un trouble psychiatrique et addictologique conduit à une aggravation mutuelle de ces deux troubles.

Enfin, cette association pose des problèmes thérapeutiques avec un premier lieu une pénalisation dans l’accès aux soins. En cas de comorbidités, soit les usagers ne s’identifient pas souffrant psychiquement car leur comportement addictif est au premier plan, soit ils dénient leur problème d’addiction considérant que c’est parce qu’ils souffrent psychiquement qu’ils consomment des substances.

 

Ressources :

 Présentations et actes des Rencontres « Addictions et psychiatrie »

 Poster : « Les services de psychiatrie français sont-ils sensibilisés à la prise en charge du tabagisme des patients schizophrènes ? »

Le site de l’EMCDDA propose une mise à jour des données d’efficacité des traitements basées sur des preuves probantes, en contexte de trouble de l’usage de substances associés à un trouble psychiatrique.
 Best practice portal: Treatment options for dual-diagnosis patients


 

Bibliographie selective

details_L97827637912271L’intégration des services en toxicomanie

Sous la direction de Michel Landry, Serge Brochu et Catherine Patenaude


comorbiditeAddictions et comorbidités

Amine Benyamina


alcool et trouble mentauxAlcool et troubles mentaux: De la compréhension à la prise en charge du double diagnostic

Amine Benyamina, Michel Reynaud, Henri-Jean Aubin


 Actualités sur le thème « psychiatrie et addictions » dans la presse internationale récente
Tabagisme précoce et troubles psychotiques

Le tabagisme précoce serait associé à un sur-risque de développer des manifestions psychotiques. C’est ce que suggère une étude réalisée auprès d’une cohorte de 3 752 individus, hommes et femmes âgés de 21 ans au moment de l’étude. Les individus ayant commencé à fumer du tabac à 15 ans ou plus jeune encore étaient en effet 3,1 fois plus à risque présenter un trouble de type schizophrénique (aOR = 3.1, 95 % IC = [1,8 ; 5,6]) des scores importants au Peters Delusional Inventory (aOR = 2.4 ; 95 % IC = [1,9 ; 3]) et des hallucinations persistantes (aOR = 3.0 ,95 % IC = [2,2 ; 4,2]). Cependant, après ajustement des données et exclusion des individus ayant consommé du cannabis, seule l’association entre tabagisme précoce et hallucinations demeurait très significative.

Source :
John J McGrath Rosa Alati, Alexandra Clavarino, Gail M Williams, William Bor, Jake M Najman, Melissa Connell, James G Scott, “Age at first tobacco use and risk of subsequent psychosis-related outcomes: A birth cohort study“, Australian and New Zealand journal of psychiatry

 

La MDMA, un traitement adjuvant dans l’autisme ?

Le quotidien britannique l’Indépendant donne écho à une revue de la littérature publiée en mars dernier dans Progress in neuro-psychopharmacology and biological psychiatry. Celle-ci donne un aperçu de l’état de la recherche sur les applications cliniques de la MDMA dans sa forme pure auprès des patients atteints de troubles de l’autisme, notamment sur le symptôme d’anxiété sociale. L’étude propose également une méthodologie standardisée pour des essais pilotes et laisse envisager de nouvelles données d’évaluation à moyen terme avec la mise en place d’une étude préliminaire en 2014.

Sources :
* Lucy Clarke-Billings, “Autistic adults could take pure MDMA to ‘reduce social anxiety“, The Independant, 26 mai 2015
* Alicia L. Danfortha, Christopher M. Strubleb, Berra Yazar-Klosinskic, Charles S. Grobd, “MDMA-assisted therapy: A new treatment model for social anxiety in autistic adults

 

Anxiété et dépression en contexte de consommation d’héroïne

Pour la première fois, une étude de cartographie de la substance blanche met en évidence les mécanismes différentiels qui sous-tendent le niveau élevé d’anxiété et de dépression, deux comorbidités observables chez les usagers d’héroïne. Ainsi, si l’anxiété s’y voit reliée à une altération du faisceau unciné, principal faisceau d’association fronto-temporale qui assure une connexion entre les structures limbiques et para-limbiques impliquées dans la régulation des émotions, la sévérité des symptômes dépressifs serait quant à elle dose-dépendante, associée à un seuil critique de consommation.

Source :
N M L Wong, S-H Cheung, C C H Chan5, H Zeng, Y-P Liu, K-F So, T M C Lee, “Diffusivity of the uncinate fasciculus in heroin users relates to their levels of anxiety“, Translational Psychiatry (2015) 5, e554; doi:10.1038/tp.2015.48 ; 28 avril 2015